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Lucien Rault : une légende bretonne

Découvrez le parcours d’un homme simple et discret, d’un sportif redoutable en compétition qui s’est construit seul, loin des schémas officiels, avant de devenir une légende bretonne, détenteur du plus grand nombre de titres de champion de Bretagne de Cross (15), 32 fois sélectionné en équipe de France, olympien lors des Jeux de Montréal sur 10 000m en 1976 et champion du Monde de Cross Country par équipe en 1978. Lucien Rault est une figure dans la mémoire populaire bretonne et de l'athlétisme française.

Lucien Rault naît à Plouguenast en 1936. Fils de paysans, onzième d’une fratrie de quinze enfants, il a dix ans lorsqu’il participe à ses premières courses dans les fêtes de village du Centre Bretagne, pieds nus et en culottes courtes. Lucien signe sa première licence sportive à 15 ans à l'AG Rostrenen. À 24 ans, en 1960, il signe à la JA Plouguenast et dès l'année suivante, il remporte le titre de champion de Bretagne de cross-country, à 25 ans, qu’il conservera 15 ans. Durant 35 années, il fait une abondante moisson de victoires, titres, sélections et records malgré des conditions d’entraînement peu favorables pour un athlète de niveau international en cross et demi-fond. Grâce à sa volonté et sa persévérance Lucien Rault s’est forgé l’une des plus belles carrières de l’athlétisme français, d’une longévité exceptionnelle.




Le règne de Lucien sur le cross breton

Aux championnats de Bretagne de cross en 1959, le Cépiste lorientais Jean Vaillant s’imposait comme prévu dans la catégorie séniors, mais il avait dû batailler pour repousser les assauts d’un quasi-inconnu de 23 ans, Lucien Rault, de la Jeanne d’Arc de Plouguenast. C’est en 1961 à Cesson Sévigné que Lucien Rault va débuter une domination sans partage sur le cross breton, une domination prolongée d’ailleurs au niveau national et international. C’est donc de 1961 à 1975, que Lucien Rault allait régner sur la Bretagne avec 15 titres de champion de Bretagne. En 1976, à Landivisiau, Un certain brestois, allait faire tomber «le monument Rault»… Jean-Luc Paugam. Rault finissait 4ème, lui qui fréquentait le podium depuis plus de 15 ans ! En 1977, à Combourg, Paugam confirme son titre devant Philippe Daniel et Rault, cette fois-ci troisième. Cependant, en 1978, à Brézillet, à Saint-Brieuc, le brestois doit sprinter pour conserver son titre devant un Lucien Rault complètement retrouvé, qui s’imposera d’ailleurs dans le cross interrégional de Carhaix.



L'Enfer de Glasgow en 78 : sommet de la carrière de Lucien à 42 ans

Pour comprendre le contexte de Glasgow pour Lucien Rault, revenons un petit peu en arrière... En 1972, Lucien Rault, pilier de l'équipe de France de cross-country, connut une grande déception. Il espérait participer à ses premiers Jeux Olympiques à Munich, mais la fédération jugea le breton de Plouguenast, en plein cœur des Côtes-d'Armor, trop âgé et ne le retient pas pour le déplacement en Bavière! Persévérant comme savent l'être les bretons, Lucien redoubla d'efforts à l'entraînement et fournit la réponse qu'il convenait de faire : un titre de champion de France sur le 10 000 m en 1973, un record de France de l'heure et du 20 km d'excellente facture en 1973 (avec 20,305km dans l'heure il passe une barre mythique que peu d'athlètes avaient réalisé avant lui!) et enfin un titre de champion de France de cross obtenu au Touquet en 1974, lui qui fut si souvent le dauphin de l'angevin Noël Tijou dans cet exercice qu'il affectionnait!


Résultat de cette persévérance bretonne : Lucien Rault disputera en 1976 le 10 000m des Jeux Olympiques de Montréal, mais c'est en cross qu'il allait obtenir la grande consécration en 1978, à Glasgow. Dans des conditions atmosphériques dantesques, la pluie et la boue, les français devenaient champions du monde par équipe à la surprise générale. Deuxième français sur le plan individuel, avec une belle treizième place, Lucien n'y était pas pour rien dans ce succès collectif. Il devenait champion du monde alors qu'il était âgé de 42 ans. Autrement dit, il était vétéran (aujourd'hui master), une catégorie dans laquelle il sera aussi considéré comme un authentique recordman du monde sur 5000 m (13'45"6) et sur 10 000m (28'33"4) en 1976, l'année des Jeux de Montréal!


Le cross des Nations, devenu championnat du Monde, était un rendez-vous habituel pour Lucien qui s'entraînait pourtant dans des conditions difficiles travaillant sur des chantiers avant d'obtenir un poste plus propice pour un athlète de haut niveau au collège de Loudéac. Le breton participera ainsi à douze reprises à ce mondial de cross, la première fois à Dublin en 1964. Il se classa souvent à des places d'honneurs : 15ème à Tunis en 1968, 16ème à Glasgow en 1969, 11ème à Vichy en 1970, 13ème à San Sebastien en 1971, 10ème et premier français à Cambridge en 1972, 13ème à Glasgow en 1978. Par équipe, outre sa victoire de 1978 , il se classa 2ème à trois reprises (à Tunis en 1968, à Glasgow en 1969 et à Vichy en 1970) et sur le Championnat de France de cross il finit deux fois 3ème en 70 et 72. Vainqueur en 1974, il est encore 2ème en 1971, 4ème en 1969 et 6ème à Pontivy en 1968. Lucien a dominé le cross comme jamais! Il fut champion de Bretagne de la spécialité sans interruption entre 1961 et 1975! Lucien Rault, « Lucien Jeunesse », comme le surnommaient ses copains de l'équipe de France, avait suscité l'admiration à Glasgow où il était le plus âgé de tous les concurrents.

L'Athlé Magazine de l'époque titrait :

"C'était le 26 mars 1978. Dans le bourbier de Glasgow, la France décrochait le titre mondial par équipe. Le Costarmoricain Lucien Rault raconte la formidable épopée des Bleus.

Ce jour-là, il faisait un temps épouvantable. Il y avait de la pluie, un vent froid et violent. De la boue aussi, beaucoup de boue. C'était l'enfer. Nous venions de poser les pointes à Bellahouston à Glasgow pour les Championnats du Monde de cross. Notre équipe de France avait fière allure avec Pierre Lévisse, Jean-Paul Gomez, Radouane Bouster, Alex Gonzalez, Jean-Luc Paugam ou encore Dominique Coux. Personne n'avait parié sur nous. Pourtant, le groupe était soudé, l'ambiance excellente. On se taquinait souvent, mais chacun respectait l'autre. Nous étions une équipe de copains.

Ce jour-là, j'avais pris un mauvais départ. Au premier kilomètre, j'étais pointé aux alentours de la 50ème place. Le parcours était très sélectif, un vrai casse-pattes. Il fallait emprunter un double lacet à flanc de colline avec des montées et des descentes sur un terrain lourd et gluant. Dans ce bourbier, je ne me suis jamais affolé. A mi-course, j'ai commencé à revenir. A deux kilomètres de l'arrivée, j'étais 20ème ! Plus je remontais des coureurs, plus je reprenais confiance. J'ai finalement terminé 13ème à 6 secondes de Pierre Lévisse (10ème) et à 55 secondes du vainqueur John Treacey, un jeune Irlandais de 20 ans qui venait de créer la surprise. Pour moi, ce résultat était inespéré. Dans le classement par équipe, on était dans le coup pour le titre, mais c'était serré. Six nations se tenaient en 38 points ! Il a fallu attendre une heure et demi pour connaître le verdict. A vrai dire, certains s'interrogeaient à mon sujet. Ils pensaient que vu mon âge (42 ans), ce n'était pas possible de finir dans les quinze... Le jury a dû revisionner la course et de nouveau bien éplucher les dossards maculés de boue. Finalement, l'annonce fut faite : on terminait en tête avec deux points d'avance sur les Américains, on était champions du monde ! Le premier titre dans l'histoire du cross français. On a fêté ça tous ensemble le soir, on a chanté, on a dansé... C'était du grand bonheur ! Ce titre était une belle récompense car j'avais travaillé dur pour en arriver là. Je m'entraînais toute la semaine, à raison de 17 kilomètres par jour. J'alternais les séries de 1 000, 1 500 et 3 000 mètres, le plus souvent le long de la voie ferrée. Eh oui, c'était mon terrain d'entraînement. Il y avait bien la piste en cendrée du collège de Loudéac, mais elle était trop dangereuse avec ses nids de poule... Elle mesurait exactement 333 mètres, il fallait trois tours pour faire 1 kilomètre... Dans ma carrière, j'ai disputé beaucoup de courses, j'ai gagné de nombreux titres en cross et sur piste. Avec les Jeux olympiques de Montréal en 1976, ce championnat du monde de Glasgow reste l'apothéose. Un souvenir inoubliable !

A noter ce jour là à Glasgow, un second breton présent, Jean-Luc Paugam, licencié à l’époque au Stade Brestois qui terminera 7ème français et 63ème de la course.



La délégation française à Glasgow en 1978 de gauche à droite, en haut : Noël TIJOU (remplacant), Jean-Luc LEMIRE, Dominique COUX, Jean-Luc PAUGAM, Alex GONZALEZ, -. de gauche à droite en bas : Lucien RAULT, Thierry WATRICE, Radhouane BOUSTER, Pierre LÉVISSE et Jean-Paul GOMEZ.


Le palmarès de Lucien

  • 32 sélections en équipe de France A dont 12 pour du cross-country, de 1963 à 1978

  • Sélectionné aux Jeux Olympiques de Montréal, en 1976

  • 15 fois champion de Bretagne de cross country de 1961 à 1975

  • 8 fois champion inter régional de cross country

  • 2 fois champion de France F.S.F. en 1960 et 1962 de cross country

  • Champion de France de cross country en 1974

  • 3 fois vice-champion de France, dont 2 fois en vétérans, en 1971, 1983 et 1984 de cross country

  • Champion du monde de cross-country par équipes en 1978

  • 2 fois médaillé de bronze par équipes aux 1974 et de 1976

  • 3 fois champion de France sur 10 000 m en 1973 et sur 20 km en 1973 et 1974

  • 2 fois vice-champion de France sur 10 000 m en 1971 et 1972

Ses records

Lucien Rault a détenu plusieurs records notamment :

  • recordman de France des 20 km (59 min 11 s) et de l'heure (20 km 305 m) en 1973. Ce record a tenu jusqu'en 1989.

  • recordman du monde vétéran du 5 000 m en 1976 (13 min 45 s 6)

  • recordman du monde vétéran du 10 000 m en 1976 (28 min 33 s 4)


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